Sommaire
Comprendre la barre de couleurs et la « boîte de crayons »
Quand vous ouvrez un nouveau document vierge dans Hatch, le premier système de couleur que vous voyez est la barre Design Colors en bas de l’écran. En atelier comme en formation, beaucoup de débutants bloquent ici, avec l’impression qu’ils « s’engagent » tout de suite sur une couleur de fil. Respirez.
Considérez cette barre comme une boîte de crayons de départ. Ce n’est pas encore votre stock réel de cônes. C’est un outil de mise en forme visuelle : rapide pour différencier les objets pendant que vous construisez ou modifiez un motif. Ensuite, on remplacera ces crayons numériques par des références de fils réelles (marque + numéro), alignées sur ce que vous avez réellement sur votre rack (par ex. Madeira Classic 40 ou Isacord 40).

Dans cette masterclass, on fait le pont entre le clic à l’écran et la broderie en production. Vous allez apprendre à :
- Décoder la barre : repérer immédiatement quelles couleurs sont « utilisées » vs. simplement présentes.
- Maîtriser les deux états : changer la couleur d’un objet sans perturber la couleur du prochain objet.
- Colorer avec précision : utiliser la Pipette et le Pot de peinture avec une logique fiable.
- Auditer le motif : localiser des points de liaison / déplacements (travel stitches) susceptibles de créer des surépaisseurs.
- Traduire les marques : convertir un motif d’un langage de fil vers un autre (ex. Isacord → Madeira) sans perdre les informations importantes.

Les deux états de couleur qui piègent les débutants
Hatch affiche deux notions liées — mais différentes dans la pratique. Comprendre cette distinction, c’est le déclic qui fait passer de la frustration à un vrai flux de travail :
- La couleur affectée à un objet : c’est la « peinture » déjà posée sur la forme (ce que l’objet sélectionné va broder).
- Le puits de couleur actuelle (Current Color) : c’est « l’encre du stylo » (ce que le prochain objet créé utilisera).
Si vous vous êtes déjà dit : « Pourquoi mon prochain cercle redevient vert ? » — c’est exactement ça.
Modèle mental simple :
- Édition : cliquer une pastille alors qu’un objet est sélectionné recolore cet objet.
- Création : cliquer une pastille quand rien n’est sélectionné charge la couleur pour le prochain objet.
Maîtriser cette habitude vous fait gagner du temps en production : le fichier envoyé à votre machine à broder pour débutants correspond à ce que vous anticipez à l’écran, et vous lancez la broderie avec beaucoup plus de confiance.

Comment utiliser la Pipette et le Pot de peinture
La vitesse en numérisation ne vient pas du fait d’aller vite : elle vient du bon outil au bon moment. Au lieu de multiplier les sélections manuelles, on utilise la Pipette (Picker / Eyedropper) et le Pot de peinture (Bucket) pour déplacer la couleur efficacement.

Étape 1 — Changer la couleur d’un objet (sélection + pastille)
Action :
- Sélectionner : cliquez l’objet (ex. le cercle) dans l’aire de travail. Les poignées de sélection doivent apparaître.
- Recolorer : cliquez une autre pastille de couleur dans la barre du bas.
- Vérifier : l’objet change immédiatement à l’écran.

Contrôle visuel : regardez le puits « Current Color ». Même si l’objet a changé, la couleur actuelle peut rester sur l’ancienne teinte. C’est normal. Vous avez modifié l’objet (le « passé »), pas la couleur de création (le « futur »).
Étape 2 — Définir la couleur actuelle avec la Pipette (Color Picker)
Action :
- Activer l’outil : sélectionnez la Pipette (Eyedropper / Color Picker).
- Échantillonner : cliquez un objet coloré ou une pastille (ex. la couleur n°6).
- Vérifier : observez le puits « Current Color » : il doit se mettre à jour.

Résultat : tout nouvel objet que vous créez ensuite (remplissage tatami, satin, etc.) utilisera automatiquement cette couleur.
Étape 3 — Appliquer une couleur avec le Pot de peinture (« verser »)
Action :
- Activer l’outil : sélectionnez le Pot de peinture (Paint Bucket) — pensez « application rapide ».
- Charger : choisissez la couleur dans la barre.
- Verser : cliquez à l’intérieur de la zone de l’objet.

Astuce atelier : très efficace sur les motifs avec beaucoup de petits éléments (par ex. des cœurs de fleurs). Au lieu de sélectionner 50 mini-objets, vous « versez » la couleur sur chacun.
Logique production : pourquoi la cohérence est rentable
En production, on utilise la Pipette pour « reproduire ce qui fonctionne » et le Pot de peinture pour standardiser. Cela évite d’avoir deux rouges quasi identiques dans le même motif (ex. deux références très proches), ce qui force la machine à faire un arrêt/coupe/changement de couleur… pour un résultat visuellement identique. Réduire ces « arrêts fantômes » améliore directement le rendement.
Travailler avec les dockers Sequence et Threads
Une fois la phase « mise en couleur » passée, vous devez gérer la couleur en trois dimensions. Comme expliqué dans la vidéo :
- Design Colors Toolbar : la palette conceptuelle (mise en couleur).
- Sequence Docker (onglet Colors) : l’ordre de broderie (production).
- Threads Docker : les références (marque/numéro) et la lecture « inventaire ».

Étape 4 — Identifier quelles couleurs sont réellement utilisées
Indice visuel : Dans la barre Design Colors, repérez les pastilles avec un petit marqueur bleu en haut à droite.
- Marqueur bleu : la couleur est utilisée par des points existants dans le motif.
- Pas de marqueur : la couleur est présente dans la palette mais n’est pas utilisée.

Pourquoi c’est utile : les couleurs non utilisées n’impactent pas l’export, mais elles brouillent la lecture. Se concentrer sur les pastilles marquées aide à préparer les bons cônes et à éviter les erreurs de préparation.
Étape 5 — Comprendre l’« ordre » via le Sequence Docker
Action :
- Ouvrez le Sequence Docker.
- Passez sur l’onglet Colors.
- Analyser : les blocs de couleur ici représentent les arrêts réels que la machine exécutera.

Réalité terrain : l’ordre des pastilles dans la barre du bas n’a pas d’importance pour la broderie. C’est le Sequence Docker qui fait foi : si vous voyez Bleu, puis Rouge, puis Bleu à nouveau, une machine mono-aiguille s’arrêtera deux fois pour le Bleu. C’est un point à surveiller et, quand la superposition le permet, à regrouper.
Étape 6 — Utiliser le Threads Docker pour les références (marque/numéro)
Action :
- Ouvrez le Threads Docker.
- Cliquez Show Details pour afficher les colonnes.

Critère de réussite : vous pouvez aller au rack et prendre exactement le cône correspondant à la référence affichée.
Contexte expert : le coût des arrêts couleur
Chaque arrêt couleur dans la séquence, c’est :
- Du temps : ralentissement, coupe, arrêt.
- Du risque : chaque ré-enfilage est une occasion d’erreur.
- De la fatigue : sur une mono-aiguille, beaucoup de couleurs = surveillance constante.
Scénario : si vous luttez souvent avec des motifs très colorés, c’est le moment où l’optimisation logicielle (séquence/couleurs) devient indispensable — et où, côté matériel, une machine multi-aiguilles peut réduire drastiquement les manipulations.
Isoler une couleur pour repérer des points cachés
Cette technique est une assurance contre les broderies « dures » et les mauvaises surprises.
Étape 7 — Localiser où une couleur est utilisée (mode isolation)
Action :
- Nettoyer : cliquez dans une zone vide pour être sûr que rien n’est sélectionné.
- Activer : cliquez et maintenez le clic sur une pastille de couleur.
- Inspecter : le fond devient noir et seules les zones utilisant cette couleur restent visibles.

Audit visuel : cherchez des lignes fines et longues reliant des éléments : ce sont des travel stitches (points de déplacement / liaisons). La vidéo précise que vous pouvez voir des liaisons normalement « cachées » sous des couches supérieures.
À surveiller en pratique : si ces liaisons sont nombreuses, elles peuvent contribuer à des surépaisseurs localisées (empilement de points) selon la construction du motif.
Avancé : mapper un motif vers une autre marque de fil
Vous avez un motif basé sur des couleurs par défaut, mais votre atelier stocke une autre marque. Plutôt que « deviner », on mappe proprement.
Étape 8 — Changer le nuancier actif (Thread Chart)
Action :
- Cliquez Select Thread Charts.
- Retirer : sélectionnez la marque actuelle (ex. Isacord 40) et utilisez la flèche pour la sortir.
- Ajouter : sélectionnez votre marque (ex. Madeira Classic 40) et utilisez la flèche pour l’ajouter.
- Validez avec OK.

Point de contrôle : la bibliothèque de fils affiche maintenant des références Madeira (codes Madeira) dans le Threads Docker.

Étape 9 — Remplacer une pastille par une référence précise
Action :
- Sélectionnez une pastille dans la barre du bas (palette de travail).
- Dans le Threads Docker, trouvez la couleur souhaitée (ex. « Pumpkin Spice »).
- Appliquer : double-cliquez sur la référence dans la liste.

Résultat : la pastille se met à jour avec une référence de fil réelle (marque + code), plutôt qu’une couleur générique.
Étape 10 — Mapper tout le motif automatiquement (batch mapping)
Action :
- Ajoutez/activez la marque cible dans Select Thread Charts (ex. Hemingworth).
- Avec le motif ouvert, cliquez Match All Design Colors.
- Contrôler : Hatch remplace chaque couleur par la correspondance la plus proche dans la marque cible.


Le piège du « plus proche »
Le calcul est cohérent, mais l’œil décide. La vidéo avertit que les couleurs peuvent légèrement dériver car il n’existe pas d’équivalences parfaites entre marques.
Grille de décision : auto-mapping ou sélection manuelle ?
| Cas | Complexité | Action |
|---|---|---|
| Logos simples / texte | Faible | Auto-mapping. Les écarts sont souvent acceptables. |
| Illustration / cartoon | Moyenne | Auto-mapping + contrôle. Vérifiez les zones à fort contraste. |
| Portrait / photoréalisme | Élevée | Sélection manuelle. Ne faites pas confiance à l’auto-mapping pour les dégradés subtils. |
| Charte corporate stricte | Critique | Sélection manuelle. Fiez-vous à votre nuancier physique et aux exigences client. |
Préparation
La réussite, c’est beaucoup de préparation avant l’export. Avant d’envoyer le fichier à la machine, validez l’environnement réel.
Consommables « invisibles » & contrôles physiques
Les débutants se concentrent sur le fil, mais oublient la structure.
- Aiguilles : pointe adaptée (ball point pour maille, pointe fine pour tissé).
- Stabilisateur : assez stable pour le tissu et l’usage.
- Mise en cadre : une cause majeure de déformation — aucune correction couleur ne compense une mauvaise mise en cadre.
Si vous luttez avec des marques de cadre (empreintes brillantes sur tissus délicats) ou si le placement est difficile à répéter, beaucoup de pros passent à des systèmes cadre de broderie magnétique. Les aimants maintiennent le tissu à plat sans le contraindre dans un anneau, ce qui réduit la contrainte sur le textile et sur les mains.
Checklist préparation (pré-vol)
- Stock : ai-je les cônes correspondant aux références du motif ?
- Nuancier : la marque sélectionnée dans Hatch correspond-elle à mon nuancier physique ?
- Aiguille : aiguille récente (remplacement régulier selon cadence/usage).
- Canette : canette suffisamment remplie.
- Stabilisateur : bon type prêt avec le tissu.
Configuration
Ce flux garantit que votre fichier est propre avant de toucher la machine.
Flux de configuration fiable
- Ébauche : utilisez les « crayons » de la barre pour obtenir le rendu.
- Affectation : attribuez des références réelles via le Threads Docker.
- Séquence : contrôlez le Sequence Docker pour limiter les arrêts inutiles.
- Sauvegarde : sauvegardez le fichier de travail (.EMB) avant d’exporter le fichier machine (.DST/.PES).
Checklist configuration (validation digitale)
- Current Color : la couleur « actuelle » correspond bien au prochain objet à créer.
- Séquence : les couleurs sont regroupées de façon logique (si la superposition le permet).
- Cohérence de marque : pas de références d’une autre marque qui se glissent dans la liste.
- Audit isolation : contrôle des liaisons/points cachés via clic-maintenu.
- Contrôle des teintes : après « Match All », vérification visuelle des zones sensibles.
Production
Vous êtes prêt à broder : c’est là que le fichier rencontre la réalité.
Routine d’exécution pas à pas
- Charger le fichier : via USB ou Wi-Fi.
- Affecter sur la machine : associer les numéros d’aiguille aux arrêts couleur (ex. « Stop 1 = Aiguille 3 »).
- Tracer : faire un tracé/contour pour vérifier que l’aiguille ne touchera pas le cadre.
- Test : faire un essai sur chute avant une série.
Si l’alignement/placement est difficile, ou si vous faites des séries répétitives (ex. logos poitrine gauche sur 20 polos), la répétabilité devient un vrai sujet avec des cadres standards. Une station de cadrage pour la broderie associée à des cadres magnétiques aide à repositionner de façon constante et à réduire les rebuts.
Checklist production (sécurité finale)
- Tracé OK : le motif est bien dans les limites du cadre.
- Chemin de fil : le fil supérieur n’est pas emmêlé.
- Tension canette : contrôle visuel selon vos standards atelier.
- Dégagement : le vêtement n’est pas pris sous la zone de broderie.
Avertissement : sécurité mécanique. Ne mettez jamais les mains près de la barre à aiguille quand la machine tourne. Pour couper un brin, arrêtez d’abord la machine.
Avertissement : sécurité aimants. Si vous passez à des cadres de broderie pour machines à broder magnétiques, manipulez-les avec précaution : pincement possible et à tenir éloigné des pacemakers, cartes bancaires et écrans.
Dépannage
Même avec une numérisation propre, des écarts peuvent apparaître. Voici une réponse rapide.
Symptôme : les couleurs paraissent « fausses » sur tissu vs écran
- Cause probable : le « plus proche » après mapping a décalé la teinte, ou la brillance du fil diffère.
- Correctif rapide : fiez-vous au nuancier physique. Posez le cône sur le tissu pour valider le contraste avant de lancer.
Symptôme : « Pourquoi ça reboudine cette couleur ? »
- Cause probable : séquence éclatée (même couleur à plusieurs endroits de la timeline).
- Correctif rapide : dans le Sequence Docker (onglet Colors), regroupez les blocs si la superposition le permet.
- Prévention : utilisez « Optimize Color Changes » avant export.
Symptôme : broderie dure / surépaisseurs
- Cause probable : liaisons (travel stitches) visibles en isolation et empilement de couches.
- Correctif rapide : utilisez l’isolation (Étape 7) pour repérer ces liaisons et réviser la construction du motif.
Symptôme : marques de cadre (anneaux brillants)
- Cause probable : cadre standard trop serré sur fibres délicates.
- Correctif rapide : vapeur pour détendre les fibres (sans contact direct fer/tissu).
- Prévention : améliorer la mise en cadre pour machine à broder et envisager des cadres magnétiques qui serrent à plat.
Résultats
Vous êtes passé de la « couleur au crayon » à une gestion couleur orientée production.
En maîtrisant la barre Design Colors, la logique de la Pipette, et le mapping de marques de fil, vous réduisez fortement les causes classiques d’un rendu amateur.
Et ensuite ?
- Niveau 1 (logiciel) : fichiers propres et cohérents.
- Niveau 2 (workflow) : checklists pour éviter les erreurs avant qu’elles n’arrivent.
- Niveau 3 (montée en charge) : quand vous passez à 20, 50, 100 pièces, le goulot se déplace vers la production.
À ce stade, les améliorations « atelier » (cadres magnétiques pour la vitesse et l’ergonomie, ou machine multi-aiguilles pour réduire les manipulations) deviennent les leviers naturels après l’optimisation logicielle.
La broderie est une discipline de précision : vous avez consolidé le numérique — à vous de verrouiller le physique. Bonne broderie
